Le suicide: une solution radicale à un problème temporaire

“Le suicide: une solution radicale à un problème temporaire.” J’aime beaucoup cette petite phrase de Lise Dion. En ce 10 septembre 2013, journée de la prévention du suicide, je voudrais partager avec vous l’histoire d’un ami d’enfance, qui doutait de pouvoir un jour trouver l’âme soeur.

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Aristide Bruant par Henri de Toulouse-Lautrec

Aristide Bruant par Henri de Toulouse-Lautrec

J’aimais à l’appeler Aristide, comme Aristide Bruant, artiste français bien connu, entré à la postérité, autant pour son talent de chansonnier, que pour la cape noire et l’écharpe rouge avec lesquelles Toulouse-Lautrec l’avait immortalisé.

Mon ami Ari, avait commencé à soigner son allure bohème, à la même époque où son frère expérimentait avec le look “Robert Smith”. Le noir était un peu plus à la mode qu’à l’habitude.

Nous nous étions rencontrés dans le sentier où nous habitions. En ces temps là, les voitures étaient moins nombreuses et l’endroit nous appartenait. J’étais le dictateur en chef, titre du à mon ancienneté sur le territoire. Robert et moi avions le même âge et partagions parfois les mêmes bancs d’école. Ari était notre cadet de deux ans. Je me souviens d’un enfant aussi tendre et rieur, que son frère était introspectif et sombre.

Ils étaient tous les deux brillants élèves, mais Ari avait des facilités que Robert n’avait pas. En tout cas, c’est ce que ce dernier semblait penser. Personne ne lui avait dit que dans une fratrie, les plus jeunes apprennent plus vite, parce que les plus vieux leurs servent d’exemple.

Robert et Ari ont ainsi passé leur enfance et adolescence, l’un à travailler comme un fou pour ne pas se faire rattraper par son frère, l’autre à mettre un frein à ses ardeurs pour ne pas dépasser son ainé. Est-ce de cette incompréhension qu’est née la discorde qui aura voulu que pendant de nombreuses années ils aient partagé la même demeure sans vraiment s’adresser la parole ? Je ne le saurai sans doute jamais.

La dernière fois que j’ai croisé Ari, il vivait toujours chez ses parents et était étudiant dans une de ces écoles privées très prisées, mais dont le gouvernement ne reconnait pas les diplômes. C’est lui qui me l’avait dit en souriant. Il n’était pas pressé d’entrer sur le marché du travail. Je me souviens l’avoir trouvé un peu cynique, mais toujours aussi charmant. Ce jour là, nos chemins se sont séparés dans les entrailles du métro parisien.

Quelques mois plus tard, ma mère m’annonçait son décès par pendaison. Il avait 22 ans. Parfois, les suicides arrivent comme ça, sur un coup de tête ou un raz-le-bol. D’autres fois, c’est l’opportunité qui fait le larron. Dans le cas d’Ari, il semble que les choses aient été murement réfléchies et préparées. Il a ainsi pris soin de laisser une longue missive à sa famille, expliquant les raisons de son geste. Il a aussi mis un point d’honneur à faire comprendre à son frère que leur mésentente n’avait joué aucun rôle dans sa décision et il lui a dit, sans doute pour la première fois, à quel point il l’aimait et l’admirait.

Au cours des jours qui ont suivi sa mort, sa famille a découvert un Ari qu’elle ne connaissait pas. Le jeune homme qu’elle croyait désormais taciturne et renfermé, ne semblait pas avoir d’existence une fois le portail passé. Les voisins, décrivaient un grand garçon amical, toujours prêt à les aider. Et si certains lui connaissaient des zones d’ombres, son sourire malicieux les faisait rapidement oublier.

À l’église, durant le service funéraire, on nous a remis un document reprenant une partie de sa lettre d’adieu. Beaucoup de ses questionnements raisonnaient avec les miens. Nous vivions les mêmes tourments et ne le savions pas, trop bons comédiens que nous étions, quand venait le moment de faire bonne figure aux yeux du monde. Si j’avais su, peut-être aurais-je pu lui dire que même si je doutais toujours, j’étais plutôt contente de m’être ratée quelques années auparavant. Si Robert avait su, peut-être aurait-il trouvé un moyen de se réconcilier avec ce petit frère qu’il aimait tant. Mais avec des si…

Quelques années plus tard, au cours d’un déménagement, j’ai retrouvé la longue lettre que j’avais écrite à Ari après son enterrement. Je lui faisais bien des promesses sur comment j’allais désormais mener ma vie. Force est d’admettre que je n’en ai pas tenues beaucoup. Mais je ne suis pas pressée. Il me reste encore du temps. Car s’il y a une promesse que j’ai prise à coeur, c’est celle que je n’ai pas écrite mais que l’on peut quand même lire dans mon message : vingt ans après notre dernière rencontre, je suis toujours là.

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La morale de cette histoire, si nous devions en trouver une, c’est que si vous vous sentez mal au point de penser à vous suicider, s’il vous plait, parlez-en à quelqu’un. Vous seriez surpris de savoir combien de personnes partagent vos doutes et vos angoisses.

Si vous ne pensez pas pouvoir recevoir de l’aide de votre famille ou de votre entourage, contactez une ligne de prévention du suicide. Vous y trouverez des interlocuteurs compétents qui sauront vous écouter et vous conseiller. Et si l’envie de passer à l’acte est vraiment trop forte, par pitié, rendez-vous aux urgences de l’hôpital le plus proche.

Parce que s’il y a bien une chose que personne ne veut que vous fassiez, et moi la première, c’est sauver la vie d’un ami en prenant la votre.

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En France, selon les chiffres publiés par l’INSEE, en 2010 plus de 220.000 personnes ont tenté de mettre fin à leurs jours. Deux millions y ont pensé et environ 10.500 sont passées à l’acte.

Au Canada en 2009, 3890 personnes se sont officiellement données la mort et on estime que pour chaque tentative réussie, 20 ont échoué.

Quelque soit le pays concerné, tout le monde s’accorde à dire que ces chiffres sont sans doute sous-évalués.

Maladie mentale: la prise en charge devrait commencer à l’accueil

Avertissement :
Mon but n’est pas de jeter l’opprobre sur l’institution avec laquelle j’ai eu quelques soucis. Elle aide de nombreuses personnes tous les ans et occupe une place importante dans la gestion des maladies mentales dans le Grand Vancouver. Disons juste qu’il y a matière à amélioration.

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Je ne sais pas s’il vous est déjà arrivé de rechercher en ligne, des informations sur un professionnel de la santé. Si oui, vous avez sans doute dû remarquer que lorsque les critiques sont saignantes, elles invoquent rarement la qualité du médecin, mais plutôt celle de son personnel d’accueil ou de son cabinet. Comme partout ailleurs, c’est la première impression qui compte.

Un mauvais accueil dans un cabinet médical est frustrant pour tout un chacun. Mais imaginez ce qu’il en est pour une personne souffrant de maladie mentale. Elle a sans doute déjà hésité longtemps avant de venir consulter, par peur de la stigmatisation. Du coup, une mauvaise réception va peut être la conforter dans l’idée qu’elle aurait mieux fait de s’abstenir.

Expérience vécue:

Lorsque j’ai décidé d’obtenir une évaluation, j’ai tout naturellement demandé à mon médecin généraliste de m’envoyer chez un psychiatre. Jusque là, pas de problème. La demande a été envoyée de suite et je suis repartie avec le nom de l’institution qui allait me recevoir. C’est là que les choses ont pris une tournure désagréable.

Pour commencer, le site web de l’institution m’a informée, d’une manière assez sèche, que je n’étais pas la seule à avoir des problèmes et que donc le temps des médecins étant limité, je serais sympa de bien vouloir accepter le rendez-vous que l’on me proposerait. Entendons nous bien, je ne conteste pas la pratique, mais le ton employé.

La personne chargée de prendre le rendez-vous, m’a appelée alors que j’étais dans un bus plein à craquer. J’ai décroché, juste pour dire que je rappellerai dès que je serai arrivée à destination. Erreur ! Il était presque 16h et la madame voulait rentrer chez elle : “Si je vous entends et que vous m’entendez, c’est suffisant !” Je me suis donc retrouvée à beugler mes infos persos en public. Pourquoi ai-je accepté ? Sans doute parce que j’étais particulièrement vulnérable à ce moment là et que conditionnée par la lecture du site web, j’ai eu peur de me retrouver en bas de la liste d’attente si je ne répondais pas de suite.

Le rendez-vous est arrivé et je me suis présentée dans les locaux de l’institution. Lorsque la porte s’est ouverte, une jolie sonnerie a informé la personne à l’accueil que j’étais là. Elle était dans un bureau juste à côté et m’a studieusement ignorée, jusqu’à ce je manifeste bruyamment mon énervement.

Quelques jours après l’évaluation, j’ai reçu un compte-rendu, sans aucun mot d’accompagnement. Par contre, j’ai pu dire avec certitude ce que la personne qui avait scellé l’enveloppe avait mangé.

Cerise sur le gâteau, j’ai ensuite reçu un email dont les destinataires étaient cachés, mais qui affichait mon nom dans le corps du message. On me demandait de cliquer sur un lien pour accéder à des informations importantes. Le mail ressemblait vraiment à ceux de  l’institution, mais l’adresse d’envoi était plutôt exotique. Au mieux, le mail était légitime mais complètement amateur, au pire la base de contacts de l’institution avait été hackée. Je ne le saurai jamais, vu que dans un mouvement d’humeur, j’ai supprimé le message.

Heureusement que mon état n’était pas plus grave. Car si j’avais été un peu plus déprimée, il me semble clair que je n’aurais jamais rencontré le moindre psychiatre. Découragée par mon premier contact avec l’institution, j’en serais tout simplement restée là.

Obtenir un rendez-vous pour une évaluation est un processus long et frustrant. Pas la peine d’en rajouter avec un personnel d’accueil, dont le manque d’empathie peut faire fuir les patients.

Comme pour tout business, il est important que les personnes en contact avec des patients souffrant de maladies mentales, connaissent la mission et les valeurs de leur institution. C’est au management de s’en assurer et le cas échéant de mettre en place les formations nécessaires à offrir un accueil de qualité. De cette manière, il est probable que nous serons plus nombreux à être diagnostiqués et soignés correctement.

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Pour la petite histoire, j’étais tellement énervée après l’appel de la réceptionniste, que j’ai contacté les services d’aide en santé mentale de la ville. Ils m’ont envoyé faire une évaluation à l’hôpital. Si je suis quand même allée au rendez-vous fixé avec l’institution, c’est parce que mon médecin et le psychiatre de l’hôpital m’ont encouragée à obtenir une seconde opinion. La bonne nouvelle, c’est que les deux psychiatres ont posé le même diagnostique. C’est déjà ça  !